« Prendre au sérieux ce que l’on fait sans se prendre au sérieux. » (Clint Eastwood)

Aldurants contre alduristes (2) – Al Dura n’est pas Timisoara.

364 jours auparavant

Ou le premier des malentendus chez les aldurants…

Posté le 28 janvier 2011
Edité le 30 janvier 2011

Après l’introduction aux différentes problématiques , voici le premier et sans doute le plus grave des malentendus autour des images Al Dura : «Même si ces images correspondaient à une mise en scène, elles ne feraient qu’aider à prendre conscience de la “vérité du contexte”.»

Bien sûr, je suis parfaitement conscient du fait que des individus ont recours à cette affirmation de façon intentionnellement malhonnête, mais comme je l’ai dit en introduction, je m’adresse ici aux personnes de bonne volonté. Si vous soupçonnez quelqu’un d’employer cette manœuvre de mauvaise foi, je vous invite à lire ou relire les stratagèmes décrit il y a plus de 150 ans par Arthur Schopenhauer dans L’Art d’avoir toujours raisonun livre qui décrit une approche condamnable puisqu’elle privilégie le combat plutôt que le débat, la “victoire” plutôt que la recherche de la vérité, le confort plutôt que l’intégrité…

Autour des images Al Dura, vous retrouverez cette manipulation dissimulée sous le slogan d’une soi disant «vérité du contexte», ce qui correspond au stratagème n°29 – Faire diversion :

« Si on se rend compte que l’on va être battu, il faut faire une diversion, c’est-à-dire qu’on se met tout d’un coup à parler de tout autre chose comme si cela faisait partie du sujet débattu et était un argument contre l’adversaire. (…) »

mais cela correspond aussi et surtout à une forme dérivée (par inversion) du stratagème n°33 qui donnera ici :

“Même si c’est faux en pratique, ça reste vrai en théorie“…

Ne cherchez pas, c’est bien un tour de passe passe, l’un des plus courants mais aussi l’un des plus voyants pour un œil attentif. Vous avez certainement déjà rencontré sa version la plus banalisée :

“Faux en particulier, mais vrai dans l’absolu“…

Pour information, voici enfin le stratagème n°33 dans sa forme originelle, accompagné de la réponse de Schopenhauer :

« “C’est peut-être vrai en théorie, mais en pratique c’est faux.” Grâce à ce sophisme, on admet les fondements tout en rejetant les conséquences; en contradiction avec la règle a ratione ad rationatum valet consequentia (la conséquence tirée de la raison première valide le raisonnement). Cette affirmation pose une impossibilité: ce qui est juste en théorie doit aussi l’être en pratique; si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a une erreur dans la théorie, qu’on a omis quelque chose, qu’on ne l’a pas fait entrer en ligne de compte; par conséquent, c’est également faux en théorie.»

Mais revenons aux personnes de bonne foi, qui non seulement méritent que l’on prenne le temps d’effectuer quelques développements, mais qui en plus n’ont pas eu accès, a priori, à des informations qu’en janvier 2011, encore, il faut vraiment aller chercher1

Cette première affirmation pourrait être vraie si ces images se contentaient d’affirmer que les balles perdues peuvent faire des victimes innocentes… Ce serait oublier que malheureusement pour une majorité de la population mondiale, ces images affirmeraient :

  • qu’un enfant a été assassiné « intentionnellement et de sang froid »,
  • après un tir acharné pendant 45 minutes, sur lui et son père implorant grâce,
  • et que l’assassin ne serait pas un malade mental qui aurait réussi à tromper au recrutement les tests psychologiques – visant à écarter les assassins potentiels des rangs de toute armée détribalisée (digne de ce nom) – et qui aurait été enfermé ou interné depuis; mais que cet événement serait le fait du “soldat israélien” en tant qu’archétype du nouveau barbare, libre d’agir ainsi en toute impunité et dans l’anonymat de l’uniforme…

Et pourquoi est-ce qu’une grande partie de la population mondiale croirait des horreurs pareilles ?…
Et bien tout d’abord parce que “c’est France2 qui l’a dit”, au moins dans ses premières affirmations… Ensuite parce que l’idée fut réaffirmée et relayée, voir même illustrée sous la forme de montages photos ou de peintures murales.

Et ne vous laissez pas amadouer par le côté kitsch ou art naïf des deux figurations ci dessus, elles sont bel et bien à prendre au sens littéral, et elles sont perçues ainsi par le public ciblé. Je vous renvoie aux déclarations des différents protagonistes pour le mesurer, du créateur des images jusqu’à France2, dont vous trouverez le détail dans l’inventaire réalisé par Pierre-André Taguieff dans son dernier livre La nouvelle propagande antijuive (PUF, 2010), pages 291-293. Vous trouverez dans les pages suivantes de quoi mesurer l’impact et la réception dans le monde, réception que l’on peut anticiper comme durable et définitive si l’on ne fait rien puisque des monuments ont été élevés à la mémoire de l’icône et que des places publiques portent son nom…
On notera que sur en.wikipedia, le résumé de l’impact de ces images dans le monde est incomplet, au moins dans sa version au 22 Jan. 2011 , quand il est tout simplement absent de la version au 16 janvier 2011 de la page de fr.wikipedia.

Or à côté de ces déclarations d’une violence inouïe, une approche sérieuse, c’est-à-dire factuelle et scientifique – soit dépassionnée et non émotive – nous apprend que, jusqu’à preuve du contraire, jamais un enfant n’a été tué de façon intentionnelle par un soldat israélien. Jamais.
Les rares enfants a avoir été victimes d’un tir furent touchés par des “balles perdues”, parfois même par ricochet. Par exemple en 2009, nous apprenons d’un journal télévisé de France Télévision qu’un enfant palestinien a été tué par le ricochet d’une balle palestinienne. L’enfant se trouvait pourtant à son domicile, mais cette balle perdue a perforé la porte d’entrée, après avoir ricoché sur un blindé israélien, et avant de lui porter un coup mortel. Je m’empresse d’ajouter que cette information ne fut pas contestée sans quoi je n’en parlerai pas ici2.

Au-delà, du danger toujours possible d’une balle perdue, encore aggravé ici par le fait qu’il s’agit de combats urbains au milieu de populations civiles; les initiés à la question militaire savent que le risque d’un « tir fratricide » est tellement important au combat que les armées conventionnelles accordent une large part de leurs formations à la réduction de ce risque. Les militaires le savent, toutes les armées détribalisées dans tous leurs conflits ont connues ce genre de drame. Oui la plupart des “combattants” palestiniens ont reçu une “formation”, mais peut-on espérer qu’elle ait accordé le même professionnalisme à la gestion du risque que dans une armée conventionnelle?… Et que ce soit en raison des priorités ou des moyens disponibles (en particulier la durée plus courte de ces “formations”), je laisse à d’autres le soin de répondre. Il faut juste souligner à quel point le maniement d’une arme de guerre au milieu d’une ville n’a rien à voir dans la réalité avec ce que peuvent laisser croire certaines fictions: la tôle ondulé, les planches de bois, ou une carrosserie de voitures, n’ont jamais arrêté une balle tirée avec une arme de guerre! Même un mur, selon sa composition, n’arrêtera pas toujours une balle…
Et si vous n’apprenez rien, il ne peut être inutile de le rappeler quand même des forces de police, dont on peut penser qu’elles sont parmi les mieux formées au monde, ont connues des bavures de ce type. C’est au moins le cas aux Etas Unis et en France où des policiers, qui ignoraient visiblement le pouvoir de pénétration ou de ricochet de leur “tir de sommation”, ont blessé ou tué involontairement3.

Déjà en 2004, l’idée que le “soldat israélien” (en tant qu’archétype) puisse être capable d’un tel acte de barbarie est déjà tellement entrée dans les imaginaires collectifs que c’est affirmé jusque dans une série télé américaine qui a plutôt la réputation d’être rigoureuse : The West Wing4 (À la Maison Blanche). Pire, cela ne fait tellement plus l’ombre d’un doute qu’ils en sont déjà au stade de la recherche d’explications… Plus troublant, ayant regardé cette série télé du premier au dernier épisode, je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit là de mésinformation et non de désinformation. En d’autres termes, les auteurs croient à ce qu’ils affirment après avoir eux-mêmes été trompés. Comment en sont-ils arrivés à croire de telles horreurs? Surtout eux qui ont toujours démontré au fil des épisodes une honnêteté intellectuelle plutôt au dessus de la moyenne? Mais d’abord que nous dit-on exactement dans cette scène?

Il s’agit d’un épisode intitulé “Gaza”, que vous retrouverez dans la saison 5, épisode 21, dont voici le contexte de la scène :

« In flashbacks, Donna is attracted to a dashing Irish photojournalist who opens her eyes to the conditions faced by inhabitants in the area. » en.wikipedia « Back in Gaza before the explosion Colin has introduced Donna to Yossi, an Israeli military border guard (…) » (westwing.bewarne.com )

Retranscription du passage (à 29 minutes environ) qui pose problème dans les dialogues (traduction plus bas), qu’échangent ces trois personnages que sont Donna Moss, Colin Ayres (Irish photojournalist) et Yossi (Israeli soldier).

Colin Ayres (Irish photojournalist): Yossi spent some time guarding the settlement in Kfar Darom
Donna Moss: I’ve been there. It’s… it’s dangerous.
Yossi (Israeli soldier): I lost comrades. For a soldier, this is expected. But two were women. Girls, 19. Killed in their barracks.
Donna Moss: I’m sorry
Photojournalist: Tell her what happened then… Go on, man, you can tell her.
Israeli soldier: After the deaths of the girl soldiers, some in my unit… they’d call on loudspeaker… in Arabic. Taunting, calling them names, filthy names. And young Palestinians would come out from hiding, boys with rocks. And… they’d shoot them, with live bullets.
(silence embarrassé)
Donna Moss: You…
Israeli soldier: I do not shoot children (intense, offusqué). Donna, I serve with them. They’re not evil but when people who are not monsters do this, it’s the situation. The circumstances are to blame.
(Silence)
Donna Moss: (soupir) … I have to go. Thanks for speaking with me.
Israeli soldier: Enjoy your visit.
Photojournalist: (salut le soldat puis la raccompagnant) I better not come and join your friends.
Donna Moss: Bye

Même scène dans sa version française telle qu’entendue à la télévision française, avec en italiques les passages où les traducteurs, selon moi, ont pris un peu trop de liberté avec le texte d’origine:

Colin Ayres (photojournaliste irlandais): Yossi a gardé un certain temps la colonie de Kfar Darom
Donna Moss: Je l’ai visitée. C’est très dangereux.
Yossi (soldat israélien): J’y ai perdu des camarades. Pour un soldat, c’est habituel, mais deux jeunes femmes, de 19 ans, tuées dans leurs chambres de casernes.
Donna Moss: Je suis navrée
Photojournaliste: Dis-lui ce qui s’est passé après… Je crois que tu peux lui raconter.
Soldat israélien: Après la mort des deux filles soldats, des hommes de mon unité… ont pris des haut-parleurs… en arabe, ils ont insulté leur peuple, d’une façon obscène. Des jeunes Palestiniens sont sortis des maisons où ils se cachaient, des gamins avec des pierres. Et… ils ont tiré dessus, avec des balles réelles.
(silence Embarrassé)
Donna Moss: Et vous ?
Soldat israélien: Je ne tire pas sur des enfants (intense, offusqué). On est dans la même unité Donna. Ils ne sont pas mauvais, mais quand les hommes qui sont normaux font ça, c’est la situation qui les transforme et qu’on doit blâmer.
(Silence)
Donna Moss: (Soupir) … il faut que j’y aille. Merci de m’avoir parlé.
Soldat israélien: Au revoir et bon séjour.
Photojournaliste: (salut le soldat puis la raccompagnant) Je ne crois pas que je vais me joindre à ton groupe.
Donna Moss: D’accord… Bye

On est loin des crétineries habituelles sur le sujet, et pourtant… C’est tout de même gravissime.
Comment des auteurs, plutôt mesurés, jusque d’ailleurs dans cette scène (voir trop mesurés dans la version française avec le «qui sont normaux»), ont-ils pu aller si loin?

Nous avons là une nouvelle forme d’expression du relativisme ambiant.

Comme si les scénaristes de cet épisode, et avec eux un grand nombre de leurs contemporains, compensaient une incapacité à comprendre la violence des fanatiques en se réfugiant dans un déni de réalité tout à fait équivalent à ceux que l’on retrouve vis-à-vis des réalités tribales ou des origines de la violence. Pour nourrir ce déni, ils empruntent à la notion de banalité du mal «Donna, I serve with them. They’re not evil…» et à une forme de déterminisme : «but when people who are not monsters do this, it’s the situation. The circumstances are to blame.» … Une recherche d’équivalence à tout prix.

Ca part d’un bon sentiment (et ce n’est pas ironique), mais la grille de lecture est fausse et ne peut que donner un raisonnement faux à base d’équivalence forcée et de nivellement relativiste selon le schéma implicite suivant: si les uns commettent des atrocités, alors forcément les autres doivent commettre les mêmes… Un “nivellement dans l’horreur”.

Aux sources de ce déni, nous avons le déni de réalité plus courant sur la nature humaine et la réalité tribale qui interdit l’accès aux oppositions réelles sur le terrain: d’un côté une démocratie, de l’autre une société de la peur5, d’un côté une société relativement ouverte (sur le plan du marché de l’emploi et des situations de voisinage coté israélien), de l’autre une société fermée qui condamne jusqu’aux palestiniens qui commerce avec un voisin perçu comme un «occupant»; d’un côté une armée conventionnelle composée d’individus fortement détribalisés, de l’autre des «combattants» plus proches du type “bandes armées” composées d’individus en voie de retribalisation, comme en témoigne les manuels scolaires palestiniens (dont la nature n’est plus à démontrer6)…

Dans la réalité du conflit, la propagande Al Dura peut être vue à la fois comme la poule et l’œuf de cette tendance à la retribalisation.

Si l’on veut bien quitter la «néo-réalité» des «rebellocrates7», on doit admettre qu’au moment de la réalisation de cet épisode de The West Wing, la seule “source d’information” évoquant la mort d’un enfant victime d’un tir israélien provenait des images Al Dura. Or encore une fois, il n’existe aucune autre “preuve”, ni aucun témoignage des tels comportements. Quelques soient les “sources” des scénaristes de cette série télé, ils ont visiblement négligé que c’est justement cette mise en image qui est venue donner corps à une croyance qui autrement n’aurait pas dépassé le cadre de la “légende urbaine”, dont nous trouvons une définition sur en.wikipedia (traduction personnelle):

« Une légende urbaine, un mythe urbain, une fable urbaine, ou une légende contemporaine, est une forme de folklore moderne, composée d’histoires considérées généralement par leurs conteurs comme vraies. Comme avec tout le folklore et la mythologie, cette dénomination ne suggère rien sur la véracité de l’histoire, mais simplement qu’elle est en circulation, offre des variations au fil du temps, et véhicule quelques significations qui motivent la communauté dans le fait de la préserver et de la diffuser. »

La légende du soldat-israélien-assassin-d’enfants correspond parfaitement, et cela sans aucun esprit polémique puisque la définition peut se résumer au fait qu’il s’agit d’une histoire sans preuve dont on sait seulement qu’elle circule.

Croire que le scénario du film Al Dura révélerait une vérité cachée relative, appelée « vérité du contexte » par ses promoteurs, c’est donc partir du principe que des enfants ont été effectivement tués intentionnellement par des soldats israéliens. Avant la diffusion des images Al Dura, c’est-à-dire avant septembre 2000, seuls le déni de réalité tribale et le relativisme ambiant pouvaient expliquer la croyance en une telle légende urbaine auprès de personnes «de bonnes volontés» – pour les autres, l’explication sera leur besoin de donner corps au «fantasme du crime rituel»8. Après les images Al Dura, il est plus compréhensible que d’honnêtes gens aient pu être induits en erreur; ces personnes n’auront eu que le tort d’accorder trop de confiance à France2. Il en va autrement des professionnels qui avaient le devoir de vérifier avant de relayer, surtout dès lors qu’il y avait doute et contestation… Nous y reviendrons dans un prochain post.

Vous noterez que le seul fait de parler de «vérité du contexte» autour des images Al Dura, c’est reconnaître qu’il n’existe aucune autre “preuve” ou “témoignage”. Un aveu en somme… Mieux… Le seul fait qu’un individu ait éprouvé le besoin de fabriquer une telle «mise en image» tendrait même à démontrer en soi le contraire de ce que le film voulait prouver, et ce pour une raison très simple. Si de tels actes de barbaries étaient aussi courants que l’on tente de le prétendre, nous en aurions la preuve d’autant plus facilement que cette zone géographique possède la plus grande concentration de caméras et de journalistes au monde. Un tel crime serait impossible à dissimuler, et personne n’aurait besoin de fabriquer de telles images, surtout quand la guerre médiatique est gagnée et qu’un contrôle absolu sur les images est exercé à la source comme en témoigne les «à côté» du traitement médiatique du lynchage particulièrement insoutenable du 12 octobre 2000 à Ramallah9.

Maintenant, en plus du contrôle à la source il y a le problème, en soi, d’avoir dans cette zone la plus grande concentration au monde de journalistes, ou plutôt le problème que pose la cause de cette concentration: une demande exacerbée d’images… Or comme toujours quand il y a déséquilibre flagrant entre la demande et l’offre, soit entre “consommation” et “production”, il y a forcément influence de l’un sur l’autre. Les images Al Dura ont donc le mérite de nous apporter la preuve d’un fait prévisible et banal: la demande d’images a déformée l’offre. Une fois la vérité admise autour d’Al Dura, la vraie question sera depuis combien de temps y a-t-il eu déformation de la production?… Et c’est bien entendu l’une des principales motivations de l’acharnement des aldurants (ou “croyants d’Al Dura” si vous préférez).

Dans le cas présent, cette exceptionnelle concentration de caméras aura au moins eu le mérite de se retourner contre le manipulateur en nous apportant une aide importante pour mieux comprendre la «réelle vérité du contexte» – soit la réalité du conflit – grâce aux autres prises de vues des lieux de la scène sous des angles différents (qui nous donnent au minimum une “vérité du contexte des lieux du tournage”). Encore fallait-il accepter de voir ces prises de vue filmées le même jour sur des angles différents… J’y reviendrai dans un prochain post.

Finalement, parler de «vérité du contexte», c’est essayer de faire d’«Al Dura» un nouveau «Timisoara», un autre scandale médiatique résumé ainsi sur fr.wikipedia au 9 janvier 2011

« Le charnier de 1989, une falsification célèbre
On rapporta qu’il y aurait eu 1.104 tués et 3.352 blessés pendant l’insurrection, en opposition avec le nombre réel de 93 morts à la fin de celle-ci. Les images de cadavres dont l’origine véritable avait été cachée furent abondamment diffusées dans le monde entier. Ce n’est qu’en février 1990 qu’il fut officiellement établi qu’il s’agissait là d’une intoxication. Le nom de Timişoara est dès lors resté associé aux manipulations dont les médias sont toujours susceptibles d‘être à la fois les dupes et les relais. Dès la première diffusion des images aux téléspectateurs il était visible, pour un observateur un tant soit peu attentif, que les corps déterrés portaient de nombreuses cicatrices de plaies soigneusement recousues trahissant des interventions chirurgicales. »

Dans « l’affaire Timisoara », le relativisme a été les suivant: Le faux charnier de Timisoara, qui avait pour but de gagner la sympathie de l’opinion par l’émotion, fut parfois plus ou moins considéré comme “l’exception qui confirmait la règle”: Si le charnier était faux, les mystificateurs combattaient un ennemi dont les méthodes étaient effectivement indéfendables – et personne ne peut le nier. Dans le cas de Timisoara, nous avions effectivement affaire à un pouvoir en place qui avait défrayé la chronique en matière de totalitarisme.

Dans le même esprit que la manipulation des faux charniers de Timisoara, on pourra s’intéresser à l’affaire des couveuses au Koweït, dont vous trouverez le résumé sur fr.wikipedia au 11 août 2010 et sur en.wikipedia au 11 Nov. 2010
Même logique: l’adversaire étant un monstre, permettons-nous d’inventer une histoire monstrueuse pour faire appel à l’émotion plutôt qu’à la réflexion dans la quête de la sympathie de l’opinion publique, et pour gagner ainsi plus facilement, plus rapidement et plus sûrement la guerre médiatique… avec pour gain immédiat les soutiens matériels et financiers qui découleront de cette victoire médiatique…

Bien sûr, il ne peut y avoir «exception qui confirme la règle» que si nous nous trouvons effectivement dans l’application d’une règle, autrement, si cette affirmation sort de nul part, nous pouvons être sûr que l’on tente de nous manipuler. On essaye de faire jaillir une règle d’un fait isolé que l’on tente de faire passer pour une exception… avec le piège grossier suivant: si vous acceptez qu’il s’agit d’une exception, on vous a fait admettre implicitement qu’il y avait règle… C’est osé et assez tordu, mais finalement assez récurent.

Dans le cas Al Dura, c’est le film distribué par France2 a réussit à faire croire à une néo-réalité. Une néo-réalité dans laquelle les soldats israéliens sont non seulement capables du pire, mais plus important encore, en toute impunité! C’est d’ailleurs ce qui explique la détermination d’une partie des personnes de mauvaise foi qui a très bien compris les enjeux sur ce point: quand les images Al Dura apparaîtront comme une supercherie, c’est la légende urbaine du soldat-israélien-bourreau-d’enfants qui tombera. Ce sont donc ceux qui ont besoin de faire assimiler le soldat israélien à un néonazi qui seront les plus radicaux pour combattre la vérité. “En faire un Timisoara” pourrait apparaître comme une solution de repli, mais vous mesurez à quel point ce serait inacceptable. De la folie totalitaire des Ceauşescu en Roumanie à la paranoïa sanglante d’un Saddam Hussein en Iraq, nous sommes très loin de la réalité du conflit que connaît la démocratie israélienne. Pire cette solution de repli ne serait que «reculer pour mieux sauter» vers l’étape suivante, ce ne serait que le ventre d’où pourrait sortir la tentation immonde, au moins auprès de rebellocrates – ces néo-war-junkies de salons – toujours en manque de nouvelles guerres d’Espagne… La tentation immonde qui consisterait à faire d’Israël la nouvelle «Espagne Républicaine»… Créer de la «vérité du contexte» répond à ce besoin, ces images venaient satisfaire un manque… Un “shoot” dont il sera très difficile de désintoxiquer ses désormais dépendants que sont les aldurants.

De Timisoara à Al Dura, les leçons à retenir seront radicalement différentes. Avec «Timisoara», les médias apprenaient à leurs dépens que les journalistes pouvaient “se faire avoir”. Avec «Al Dura», le fait que des journalistes aient pu se faire avoir n’a donc rien de très extraordinaire. La nouveauté est que l’on découvrira qu’après que les milieux médiatiques, eux-mêmes, aient progressivement découverts la supercherie il y a des années, puis davantage encore dans le courant de l’année 2009, ils auront persistés dans leur incapacité à faire marche arrière ou à s’autoréguler… mais j’anticipe sur mes conclusions à venir quelques posts plus loin.

«Al Dura» présente donc non seulement une différence de degré avec l’affaire du faux charnier de Timisoara, par son retentissement mondial plus fort, mais aussi et surtout une différence de nature sur laquelle nous ne pouvons pas accepter de nous laisser tromper. Al Dura était la seule preuve de la légende urbaine, celle-ci tombera avec la reconnaissance officielle du bidonnage, reconnaissance qui donnera enfin une vraie chance à la paix dans la région… C’est d’ailleurs le malentendu n°2: croire que «reparler de cette affaire ne ferait que jeter de l’huile sur le feu», quand toute paix est justement impossible aussi longtemps que la vérité n’aura pas été reconnue… comme nous le verrons dans le post suivant.

Notes

1 Je vous renvoie aux travaux de Philippe Karsenty (présentés en conférences) et d’Esther Shapira dont on attend encore en France la diffusion à la télévision ou en DVD de son documentaire de 2009 sur Al Dura: L’enfant, la mort et la vérité (ARD). D’ici là, des télévisions étrangères ont déjà diffusé le documentaire en soirée et le DVD continue à “circuler“…

2 Si quelqu’un a l’adresse du lien vidéo (YouTube ou Dailymotion), merci de me la faire parvenir pour que je puisse l’ajouter ici. L’exemple est édifiant.

3 Deux exemples et une anecdote: Aux Etats-Unis un policier fait son tir réglementaire “de sommation” en l’air dans un restaurant pour faire stopper un fuyard… Le restaurant est à deux étages… la balle traverse le plafond et tue un client qui effectuait son repas à l’étage au dessus… En France, une femme policier fait son “tir de sommation” en direction du sol sur un parking, mais le ricochet blessera une personne involontairement. En France encore, le coup part alors qu’un policier, qui s’équipait dans son commissariat, fait entrer son arme dans son étui de ceinture un peu trop précipitamment; la balle ricochera sur le sol et tuera l’un de ses collègues qui se trouvait debout à côté de lui…

4 The West Wing : “Gaza” épisode 109 (Ep.21/Saison 5 – 2003/2004) en.wikipedia

5 La notion de société de la peur a été définie par Nathan Sharansky dans Défense de la démocratie: Comment vaincre l’injustice et la terreur par la force de la liberté

6 Voir Yohanan Manor: Les manuels scolaires palestiniens, une génération sacrifiée (Berg International – 2003)

7 Néo-réalité et rebellocrate sont des concepts développés par Philippe Muray, et employés dans L’Empire du bien
Rebellocrates nait bien sûr de la contraction de rebelle et de cratos qui signifie pouvoir (Cf -cratie sur fr.wiktionary ). Pour résumer en une phrase, l’attitude (ou la caste) rebellocrate peut s’entendre ainsi: des rebelles qui ont le pouvoir, tout en prétendant le contraire puisque s’auto-définissant comme «rebelles»… Cela se retrouve sous des formes déclinées comme des censeurs prétendant braver la censure tout en condamnant l’adversaire au silence quotidiennement. Cette dernière forme a été brillamment détaillée par Elisabeth Levy dans Les maîtres censeurs.

pas encore de traductions disponibles en anglais mais tout de même une page chacun sur amazon.com:
Philippe Muray sur amazon.com
Elisabeth Levy sur amazon.com

8 Pour les liens avec le fantasme du «crime rituel», je vous renvoie aux travaux de Pierre-André Taguieff dans La nouvelle propagande antijuivePUF, 2010 (déjà cité plus haut). Au-delà, cet auteur est devenu au fil de ses travaux de décryptage et d’analyse sur ces sujets, tout simplement incontournable.
Pierre-André Taguieff sur amazon.com

9 Pour les détails du traitement médiatique du lynchage du 12 octobre 2000 à Ramallah, voir:
. (à nouveau) Pierre-André Taguieff La nouvelle propagande antijuive (PUF, 2010)
pages 41 à 43 et 293-294
. mais aussi Mitchell G. Bard Mythes et réalités des conflits du Proche-Orient (Myths and Facts on the Middle-East Conflicts)
pages 323 et suivantes.

Pour les grandes lignes, vous pourrez dès à présent vous reporter à la page de en.wikipedia, un peu plus satisfaisante que son équivalent français, au moins dans sa version actuelle c’est-à-dire au 30 Dec. 2010

Stéphane

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Commentaires ("modérés a priori")

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Aldurants contre alduristes...

392 jours auparavant

Ou d’un journalisme de « croyants » vers un journalisme responsabilisé.

Posté le 31 décembre 2010
Edité le 28 janvier 2011

Première partie (sur …)

Crise du journalisme? Déplacement de la crédibilité depuis les grands médias vers de nouveaux acteurs, en particulier grâce et/ou sur Internet?…
C’est vrai quoi… qui regarde encore la grand messe? (aussi appelé « 20h »)
Al Dura, c’est beaucoup plus qu’une nouvelle affaire Dreyfus… C’est un «d’une pierre trois coups», mais commençons par le commencement…

Al Dura c’est avant tout une icône, dont on a été jusqu‘à faire des timbres:

Si cette image ne vous dit rien, la dite «affaire Mohammed al-Durah» désigne les «controverses» nées de la diffusion d’un sujet de France 2 affirmant la mort d’un enfant de 12 ans, Mohammed al-Durah, lors « d’échanges de tirs entre les Forces de sécurité palestiniennes et l’armée israélienne, le 30 septembre 2000, au début de la seconde Intifada »… Pour faire soft… (je cite fr.wikipedia au 28 déc. 2010 )

Pourquoi en reparler ?

C’est la première forme d’opposition que l’on rencontre quand on évoque ce sujet, et c’est principalement ce à quoi je vais tenter de répondre ici après cette brève introduction (mais pas aujourd’hui). La démonstration a été faite par d’autres, et je vous laisse vous tourner vers eux pour comprendre où est la vérité: Esther Schapira (deux documentaires) et Philippe Karsenty pour les dernières preuves et, de ce fait, les plus complètes argumentations.

Voici déjà ce qu’il est possible d‘évoquer autour du sujet…

Il y a trois malentendus récurrents à propos des images Al Dura auxquels je souhaite répondre avant de tenter d’entre apercevoir ici la résolution de la crise à long terme.

Depuis que, après voir compris, j’essaye modestement de convaincre autour de moi, tout doucement depuis 2006 et plus activement depuis 2008, j’ai été confronté à toutes sortes de réactions qui pouvaient aller de la plus extrême mauvaise foi, jusqu’à la simple incompréhension.

C’est aux personnes de bonne foi que j’ai choisi de m’adresser ici.

Pour commencer, on entend trop souvent auprès d’elles les erreurs graves suivantes:

1 – Même si ces images correspondaient à une mise en scène, elles ne feraient qu’aider à prendre conscience d’une réalité impossible à filmer autrement.

  • Faux…

2 – Reparler de cette affaire ne ferait que jeter de l’huile sur le feu

  • Non seulement c’est faux mais on peut affirmer le contraire…

3 – Depuis le temps, si c’était bidon ça se saurait! (Ou la théorie de la «théorie du complot»).

  • Ca s’explique…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est souvent utile de rappeler les préalables suivants:
Le détribalisé se reconnaît au fait qu’il comprend que l’on peut ne pas être «contre», sans être nécessairement «pour», contrairement à la dynamique tribal qui consiste à affirmer que: «Si vous n’êtes pas avec moi, c’est que vous êtes contre moi!»… Permettez moi donc de vous inviter à vous placer dans le “camp” des détribalisés par le choix du «ni, ni», au moins le temps de lire ce qui suit.
Ensuite, s’il est légitime de souligner la difficulté qu’il y a à être parfaitement objectif dans les Sciences Humaines, on sait que la question ne se pose plus dans les sciences expérimentales où l’on peut affirmer de façon définitive, certaine et objective, où se trouve la seule et unique réalité: liquide ou solide, 0 ou 1… Vrai ou faux.

Il est utile de rappeler la ou les problématiques.

Si la réception dans le monde des images qui furent à l’origine de la légende Al Dura est du ressort des Sciences Humaines, et peut faire l’objet d’un débat, la notion d’objectivité devient hors sujet en amont pour la question de la mise en scène qui est d’ordre binaire:

  • C’est vrai ou c’est faux? Puis;
  • C’est démontrable ou ça ne l’est pas?

Plus précisément, et après avoir rappelé que la charge de la preuve est à celui qui fait l’affirmation, et qu’à l’inverse la preuve de l’inexistence d’un fait est inexigible, nous pouvons poser les questions suivantes:

1 – Peut-on considérer l’affirmation de départ de France2 comme vraie?

  • Ce qui revient à se demander si France2 a rempli son obligation d’apporter la preuve de son affirmation. Si la réponse est non, il s’agissait de la part de France2 d’une affirmation sans preuve.

2 – S’il y a eu affirmation sans preuve, France2 a-t-elle effectué un recul pour le reconnaître et signaler qu’il existe un «doute raisonnable» sur le seul fait qu’il y ait eut un décès sur les images Al Dura?

3 – S’il est a priori impossible d’apporter la preuve de l’inexistence d’un fait, il devient envisageable de tenter de révéler un travail de faussaire et de prouver qu’il y a eu mensonge.

  • La présence d’une mystification est elle démontrable? Soit: peut-on démontrer que personne n’est mort sur ces images?

Débuts de réponses :

1 – France 2, qui a la charge de la preuve (même si certains feignent de l’ignorer), a confondu déduction et preuve (comme le souligne Gérard Huber dans Contre-expertise d’une mise en scène1). Dès lors, France2 n’a jamais apporté la preuve de ses affirmations selon lesquelles un enfant serait mort sur ces images.

  • La position semi-officielle de France22 est du type :
    • «Ce n’est pas parce que l’on ne peut pas le prouver que ce n’est pas réellement arrivé»,
  • Ailleurs, on a longtemps pu entendre:
    • «De toute façon on ne saura jamais, on aura jamais la preuve» (ma position pendant des années)

2 – Face à France2, des individus se sont lancés dans deux entreprises, obtenir de France2:

  • la preuve tant attendue, ou
  • la reconnaissance qu’il y avait eu affirmation sans preuve de la part de France2.

Comme je l’écrivais plus haut, apporter «la preuve contraire » est a priori impossible, et donc inexigible. C’est bien d’ailleurs pourquoi c’est forcément à celui qui affirme d’avoir la charge de prouver ce qu’il dit, et pas à son contradicteur d’apporter “la preuve contraire”.

3 – Le coup de théâtre est que Philippe Karsenty a réussi à apporter la preuve que personne n’était mort sur ces images.

A force de collecter les éléments accumulés par ses prédécesseurs et d’y ajouter des expertises complémentaires, la vérité est maintenant devenue démontrable.
C’est ce que le public de ses conférences, privées ou publiques, a pu constater, ainsi que les téléspectateurs des deux documentaires d’Esther Schapira sur l’Affaire al Doura… au moins pour ceux qui ne sont pas victimes de leur propre schéma cognitif.
Au-delà du travail effectué par les enquêteurs qui se sont succédés, nous pouvons être optimistes sur une reconnaissance officielle de la vérité car, comme le verront ceux qui auront accès à la démonstration, il se trouve que le falsificateur s’est vraiment moqué du monde par la grossièreté de sa mise en scène…

La suite dès que possible, voici déjà l’annonce du plan

  • Maintenant, les trois remarques les plus courantes démontrant l’incompréhension qui peut entourer le sujet.
    • Malentendu n°1: «Même si ces images correspondaient à une mise en scène, elles ne feraient qu’aider à prendre conscience de la “vérité du contexte”.»
      Pour réponse en une phrase: Non, « Al Dura » n’est pas « Timisoara ».
    • Malentendu n°2: «Reparler de cette affaire ne ferait que jeter de l’huile sur le feu.»
      Faux, l’huile est déjà sur le feu, et c’est à craindre… pour des siècles et des siècles.
    • Malentendu n°3: «Depuis le temps, si c’était bidon ça se saurait!»
      (Ou la théorie de la «théorie du complot»).

      Plusieurs processus d’ordre psychologiques ou sociétaux sont à l’œuvre pour retarder l’admission de la réalité, mais il y a pire: on observe de véritables résistances, passives ou actives, pour retarder l’accès aux preuves et à l’information.
      • La première réaction spontanée est de se détourner de cette affaire, pourquoi?
      • On observe de véritables résistances, passives ou actives, pour retarder l’accès aux preuves et à l’information.
      • Pourquoi des personnes de bonne foi sur le fond ont-elles été de mauvaise foi dans les méthodes?
  • Après les malentendus, les positionnements des différents groupes, depuis les alduristes jusqu’aux aldurants…
  • Et maintenant, que faire ?

Post suivant:
Aldurants contre alduristes (2) – Al Dura n’est pas Timisoara.

Notes

1 L’introduction du livre de Gérard Huber Contre-expertise d’une mise en scène est disponible ici depuis le 12 novembre 2008, c’est à dire peu après que j’ai pu avoir accès aux preuves, aujourd’hui plus largement disponible qu‘à l‘époque… A quand une diffusion à la télévision française?

2 Voir la conférence du MJLF (je cite) :

« Le 18 Septembre 2008, le MJLF a accueilli Arlette Chabot, Directrice de la rédaction de France 2, et Philippe Karsenty, Directeur de Media-Ratings, pour un débat, animé par Antoine Spire, sur l’affaire Al-Dura.
Le débat a été filmé par Akadem, qui en a fait un excellent dossier, que vous pourrez voir en cliquant ici : http://www.akadem.org/sommaire/themes/politique/1/2/module_4621.php »

Stéphane

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Comment reconnaître une "dominante" dans un environnement détribalisé ?

592 jours auparavant

Avertissement au lecteur :
Ce texte est partiellement exploratoire;
Ce qui signifie qu’au moins sur certains points,
l’auteur s’interroge et cherche encore.
(Des images seront ajoutées aux endroits marqués)

Posté le 15 juin 2010
Edité le

On reconnaît une dominante à sa gentillesse, tout simplement… La dominante se caractérisera par sa “présence”, reposant sur une assurance naturelle s’exprimant toute en douceur. Son comportement correspondra au choix, souvent spontané et instinctif, de ce que l’on appelle l’assertivité … Plus vulgairement, certains ajouteront qu’« elles sentent le sexe » !

Dans le très intéressant documentaire Mad Men : où sont les hommes ?1, j’entendais récemment Joy Sorman nous affirmer qu’après tout, et on peut la comprendre :

« On ne va pas regretter les dominants »…

Oui, mais non… Le contexte et le reste de son discours me poussent à soupçonner là une confusion courante entre dominants et dominateurs, et du même coup entre dominantes et dominatrices… Confusion d’autant plus problématique qu’elle est liée à une autre confusion, conduisant cette fois à un rejet primaire de la notion d’autorité… Or… Comme le savent les républicains (dignes de ce nom) :

Le problème ce n’est pas l’autorité, c’est l’arbitraire.

C’est donc l’arbitraire qu’il est légitime et souhaitable de combattre. Arbitraire que l’on retrouve à petite échelle sous forme d’autoritarisme, et à plus grande échelle sous la forme de ce que l’on appelle l’anomie – tremplin vers le règne de la loi du plus fort. Or le meilleur des remparts contre l’arbitraire est justement la véritable autorité, ou à l’échelle d’une société ou d’une nation, le véritable «Etat de droit» … mais revenons, pour l’instant, aux dominants ou dominantes et aux dominateurs ou dominatrices.

En premier lieu, j’attirerais votre attention sur la forme passive : le dominant (ou la dominante) domine comme par inaction, quand le dominateur (ou la dominatrice) s’efforcera de “dominer par action” ce qui le rendra plus facilement reconnaissable2. Plus ou moins facilement reconnaissable tout de même, selon que le dominateur aura recours à la force ou à la manipulation pour dominer. Ceux ayant recours à la force, éventuellement velléitaire ou larvée quand il s’agira d’intimidation, seront les plus facilement identifiables, quand les dominateurs par la ruse (ou manipulation) avanceront masqués, voir même sous le camouflage (involontaire) du metrosexuel, considéré à tort comme ne pouvant nécessairement être que “le meilleur ami de la femme“ ; quand il conviendrait, là comme ailleurs, de faire le tri – pour écarter ce que l’on appelle les «faux sentimentaux», d’autant plus difficiles à identifier qu’ils sont sincères dans leur mensonge, mais c’est un autre sujet.

Les dominantes se reconnaissent donc non seulement parmi “les gentilles”, mais surtout parmi les gentilles par choix, et non par soumission ou faiblesse. Les dominantes peuvent, parce qu’elles dominent naturellement, se permettre le luxe de la gentillesse a priori, sans avoir à craindre de voir l’autre (homme ou femme) tenter d’en abuser. En effet, se sachant capable de dire non, de résister, voir de l’emporter dans un rapport de force, elles savent que si quelqu’un tentait d’abuser de leur gentillesse, cette personne apprendrait à ses dépens que :

La gentillesse ne doit pas être confondue avec de la faiblesse.

Les dominantes peuvent donc ainsi non seulement se permettre de “baisser leur garde”, mais les plus indiscutablement rayonnantes oseront en faire un modèle de vie, en raison de leur force de caractère au dessus de la moyenne, quasiment palpable. Ce sont les individus véritablement forts3 qui se permettent “d’oser la gentillesse a priori”… S’il convient de ne pas prendre la gentillesse pour de la faiblesse, il convient également d’éviter une autre confusion courante chez certains hommes :

La gentillesse d’une femme (a priori envers un homme)
n’est pas nécessairement
le signe d’un comportement “sexuellement agressif”;
la gentillesse d’une femme
ne doit pas être confondue avec “des avances”.

Si une telle confusion sera systématique chez les hommes victimes d’érotomanie, elle est malheureusement prévisible, au-delà, chez des hommes incapables d’envisager ou d’intégrer autre chose que des comportements de soumission a priori chez les femmes. Or si l’on admet qu’une femme puisse se sentir assez libre et assez forte pour se montrer “sexuellement agressive”, il devrait aller de soi que l’on admette du même coup qu’elle puisse être gentille sans nécessairement avoir systématiquement des “arrières pensées“… D’ailleurs après tout, n’est-ce pas justement là la définition de la gentillesse ? Une bonté désintéressée ? Un choix à faire pour nous même avant de le faire pour les autres ? Un peu comme on nous apprend à dire «bonjour», non pas pour obtenir une réponse, mais tout simplement pour être poli (la récompense tenant dans l’action et non dans la réaction).

Au-delà, il est navrant de constater qu’il serait de bon ton, dans certains milieux, de mépriser la gentillesse. Au point que l’expression «Elle est gentille» puisse avoir pour sous entendu «Elle est un peu bête»… Ce choix du cynisme, que des poseurs prennent pour de la distinction ou du dandysme, n’est en réalité qu’une forme de lâcheté. A l’opposé, prenons plutôt exemple sur quelqu’un comme Marcel Proust, que tous admettront de reconnaître comme le comble du raffinement personnifié, pour qui «être gentil» était devenu un objectif dans la vie!…

Image à ajouter !URL de l’image! LIFE - Charlie Crews[3],
un dominant « en accord » (avec lui même).

A l’inverse, les agressifs a priori (ou dominateurs) ne font que révéler sans le savoir, au moins auprès des vrais dominants, à quel point ils vivent dans la peur. Une peur qu’ils croient masquer par une mauvaise application du principe selon lequel la meilleure défense serait l’attaque… En d’autres termes, attaquer pour ne jamais être attaqué… Ce n’est pas seulement triste et pitoyable, c’est aussi complètement faux. Profitons-en pour mettre fin à cette autre confusion courante en affirmant (comme le font les anglo-saxon) que :

« La meilleure défense est une bonne attaque ».

Et non pas «La meilleure défense c’est l’attaque!» comme on l’entend trop souvent en français… Une « bonne attaque », c’est-à-dire une attaque appropriée et à propos. Une attaque à propos, car rendue nécessaire par un combat devenu inévitable ; et appropriée par sa façon de mettre fin à ce combat (par neutralisation si possible) plus rapidement que si l’on avait privilégié le déni.

Pour mieux percevoir ces nuances, et l’intérêt qu’il y a à faire front à la radicalité quand elle s’impose à nous, pensons à ce précepte d’un maître Zen: «On ne se bat pas, on tue ! Celui qui se bat est un misérable (…)». Comprenez que “l’homme noble” (comme dirait le Yi King ) n’accepte le combat que lorsqu’il comprend que le point de non retour a été passé pour l’impliquer malgré lui dans un “combat à mort” – impossible à refuser par définition à moins d’être suicidaire… Ce qui, par extension, peut nous conduire à cet autre précepte ancestral : « Si tu apprends qu’un homme doit venir te tuer le lendemain, lève toi avant lui, et va le tuer avant qu’il ne te tue »… Si le détribalisé fait tout naturellement le choix de privilégier le recours au droit plutôt qu’à la violence dans la résolution des conflits4, il ne doit pas pour autant renoncer à se défendre au point d’en oublier tout instinct de survie, pour privilégier un comportement d’abandon ou de soumission face à des agressions tribales… Sans quoi il n’y aurait plus personne pour défendre l’Etat de droit, la République, la Démocratie, et pour finir la Paix elle-même. Que l’on se souvienne que la République a parfois besoin des qualités d’un chef tribal pour être défendue, en souhaitant que celui-ci, une fois le danger écarté, « retourne à sa charrue » comme le fit Cincinnatus en son temps…
C’est pourquoi, il convient au véritable leader, ou véritable dominant, d’éviter le combat aussi souvent que possible :

  • « en contraignant l’homme vulgaire à l’immobilité par sa réserve. » (Yi King – La retraite )
  • En « résistant au début » (Yi King – Venir à la rencontre ) C’est à dire en sachant dissuader l’autre de passer, même involontairement, le point de non retour au-delà duquel on basculerait dans le “combat à mort”, en commençant par l’informer a priori et naturellement par un comportement assertif

L’évitement du combat aussi souvent que possible, c’est justement à cela que l’on reconnaîtra un dominant ou une dominante. Dans nos sociétés policées, le combat sera souvent le combat pour le contrôle, depuis le contrôle d’une discussion anodine autour d’une table, jusqu’à l’ascension au pouvoir par le jeu démocratique… L’essentiel, pour distinguer le (médiocre) dominateur du (leader) dominant, n’étant pas le chemin parcouru, mais pourquoi il l’aura été, et surtout comment.

Image à ajouter !URL de l’image! «La vérité était dans le pudding»
La notion de contrôle est au cœur d’une série comme Desperate Housewife.

Je terminerais sur ce point en rappelant, comme l’explique si brillamment René Girard5, qu’une bonne compréhension des règles les plus fondamentales du combat, comme celles régissant la politique, apporte une aide considérable à la compréhension des règles au cœur des rapports de séduction, et au-delà, des rapports hommes femmes. Ce n’est donc pas un hasard si nous vivons une époque où la perte de repères et la confusion dans les rapports hommes femmes, coïncide avec une époque où l’on a perdu le sens du combat – sans lequel il est puéril de croire que l’on pourrait «faire la paix» – et où la politique conduit le plus grand nombre à douter de ses institutions, à tort ou à raison, jusqu’à douter de la Démocratie ou de la République4 elles mêmes, ce qui est nettement plus dommageable à la détribalisation.

Pour revenir aux dominantes, c’est par goût personnel pour les “vraies gentilles” que je fus tout naturellement amené à faire les observations et découvertes qui me permirent de distinguer ainsi les dominantes des dominatrices, distinction que j’ai été heureux de retrouver, comme confirmée, chez un autre observateur de notre époque dont vous trouverez une citation en conclusion. Une véritable dominante n’est jamais hautaine, et encore moins sadique. Ce sont les dominatrices qui le sont parfois, et elles le sont par peur, en croyant se protéger, un peu comme on pouvait l’observer plus haut chez ces hommes agressifs a priori, tout aussi bien à propos du combat que de la séduction. J’ai même souvent observé que les dominatrices étaient le plus souvent des “soumises sans le savoir”, des soumises vivant dans une peur des hommes les conduisant au rapport de force permanent avec le sexe opposé. Poussée à l’extrême, cette logique produira ce que l’on pourrait appeler une nymphomanie de combat : Incapables de “faire l’amour”, certaines femmes ont un rapport au sexe qui est de l’ordre du combat pendant le rapport sexuel lui même ; comportement symptomatique d’une haine des hommes, et avec, d’une haine du rapport sexuel lui-même. Cette approche pathologique de la sexualité pourra au contraire conduire à un comportement qui ne s’opposera qu’en apparence à une hypersexualité de combat, avec ce qui n’est finalement que son reflet inversé, et donc son équivalent : une “hyperchasteté maladive“. Les grecs anciens ne s’y trompaient pas en voyant dans “l’hyperchasteté” un comportement condamnable – susceptible d’être punie par Aphrodite elle-même, quand ils n’allaient pas jusqu’à s’en moquer avec cette pitoyable et risible Leda . En effet, une chasteté absolue ne s’opposant qu’en apparence à une hypersexualité absolue puisque les deux ont en commun le refus de l’autre, comportement narcissique poussé jusqu’à l’hypernarcissisme ici. Attention, je me garderais bien de condamner une chasteté forcée en ces temps où la misère sexuelle est si répandue quoiqu’on en dise. Ne dit on pas que plus l’on en parle et moins on “le fait” ? De même, plus on l’étale, plus on l’expose, et plus il conviendrait de s’interroger sur le recul de sa pratique, mais mieux vaut un recul de sa pratique plutôt que des rapports sexuels sans véritable consentements… Pour en revenir à ces comportements plus ou moins pathologiques, l’important se trouve derrière les apparences, c’est-à-dire du côté des véritables motivations. La véritable nymphomane, c’est-à-dire la femme ayant un rapport pathologique à sa sexualité dans l’excès (plutôt que dans l’abstinence d’une Leda), ne se reconnaîtra donc pas au fait qu’elle se livre facilement, et je ne peux que souscrire à cette très fine observation de Patrick Timsit :

«Je n’aime pas les femmes qui couchent le premier soir.
(…) il faut attendre tout l’après-midi !»

Au-delà de la fréquence du changement de partenaire (qui reste à distinguer de l’hypersexualité), la véritable nymphomane se reconnaîtra plutôt au fait que derrière les apparences d’un comportement “sexuellement agressif” (et/ou hyperactif), se dissimulera en réalité un comportement sexuellement combatif. Ainsi, elle vivra sa sexualité dans une dynamique de règlement de compte. Bien entendu, tout cela est aussi vrai pour les dominants ou les dominateurs. Naturellement, on observera tout aussi bien chez les hommes qui ont peur des femmes des comportements dominateurs, et à l’extrême une sexualité purement revancharde, que l’on surnomme ces hommes des satyriasis, ou plus communément (en “langage des cités” je vous l’accorde): des «gros pineurs»… ce qui, au delà, permet d’affirmer que:

Le dominateur vit dans la peur de l’autre,
quand le dominant vit «en accord»…

Image à ajouter !URL de l’image! Mon Oncle Charlie avec Berta
Scène «Who is the Alpha Dog?» S4-E10 Lessive et dépendance
Un exemple de dominateur à la "sexualité de combat"

Pour revenir à la série télé Mad Men (et à l’affirmation de départ), Don Draper, le personnage principal, est bien un dominant et nous ne pourrons plus en douter quand nous apprendrons qu’il n’a jamais contraint sa femme à une vie de femme au foyer6, comme on pourrait l’attendre d’un dominateur à l’époque de transition, en terme de détribalisation, où se situe l’intrigue.

Image à ajouter !URL de l’image! Don Drapper

Dans un environnement tribal maintenant, qu’en sera-t-il? S’il convient d’éviter la caricature où nous conduirait une opposition radicale, ce n’est certainement plus à sa gentillesse, jusque dans ses rapports avec des inconnus, que l’on identifiera le plus communément une dominante. En effet, il faut être en position de force pour se permettre la gentillesse a priori, et la force, en environnement tribal, est liée au rang social7; et qui dit primauté du rang social dit également intelligence machiavélique , et qui dit compétition et sélection en terme d’intelligence machiavélique dit femelle dominante (Alpha Female en anglais). On comprend alors que l’on doit distinguer la dominante de la femelle dominante, puisque la première dominera de fait, comme involontairement et par sa seule présence, quand la seconde sera dans l’intelligence machiavélique, c’est-à-dire nécessairement dans la séduction par calcul et manipulation, ce qui fera d’elle une dominatrice – puisque pratiquant une “domination par action”.

Enfin, que l’on se trouve au sein d’un système patriarcal ou matriarcal ni changera rien, à la limite au contraire, tant la compétition entre femmes peut-être violente et cruelle. En effet, c’est au point que j’ai même eu l’occasion d’observer qu’en environnement matriarcal, la proportion de comportements “sexuellement agressifs”, chez les femmes, reculait très nettement… Ce qui me fait aussitôt repenser à cette observation de Sacha Guitry: «Deux femmes finiront toujours par se mettre d’accord sur le dos d’une troisième»… En environnement professionnel par exemple, j’ai pu observer que la proportion de femme “sexuellement agressives” suivait immédiatement la proportion d’hommes et de femmes au sein d’une même société : Moins il y aura de femmes au milieu des hommes, plus ces femmes, minoritaires en nombre, seront sexuellement agressives. Inversement, l’accroissement de la compétition féminine favorisera, au minimum de la dissimulation dans les jeux de séduction, au maximum du puritanisme – que ce soit dans ce dernier cas pour neutraliser des concurrentes ou tout simplement par jalousie.

Finalement la première différence, pour ces questions dans les rapports hommes femmes, entre système tribal ou détribalisé sera la suivante :

Avec la détribalisation,
on sort de la prédation (pure),
pour aller vers la séduction (pure et assumée).

C’est à ce titre que les rapports hommes femmes deviennent véritablement gagnant gagnant, pour autant qu’on les acceptent et les encouragent, car les hommes aussi ont besoin de se sentir désiré, ce qui est par nature moins immédiat dans la prédation quand l’objectif implicite est la soumission de la proie…

La tendance actuelle à la retribalisation dans nos sociétés modernes n’est donc pas sans conséquences néfastes sur le plan sexuel, et les premiers coupables sont aussi les premières victimes… Je pense à ces hommes qui participent à cet aspect de la retribalisation par des comportements de prédation à l’égard des femmes, aussi appelés “drague agressive” ; éventuellement désinhibés par des discours affirmant la prédation sexuelle comme un besoin chez l’homme relevant de la fatalité, comme par exemple dans les premières pages du livre d’Eric Zemmour : Le premier Sexe (premières pages pouvant tromper le lecteur sur le contenu du livre).

Souhaitons que les adeptes de la prédation comprennent qu’une telle “fatalité” peut être combattue par la promotion d’un rapport gagnant gagnant bien compris. Plus les rapports hommes femmes s’équilibrent vers un consentement mutuel égalitaire, meilleures seront “les réponses“ et les “potentiels de gains“… quitte pour les hommes à devoir laisser s’échapper quelques proies, mais ce ne sera que pour s’ouvrir à la possibilité de devenir proie soi même… ce qui est le comble de ce que peut offrir de meilleur un environnement détribalisé … Quel homme oserait affirmer qu’il trouve déplaisant de « se faire draguer » ou même carrément abordé par une inconnue ? Franchement ?… Alors messieurs, si vous voulez profiter au mieux de ce que les rapports hommes femmes peuvent offrir de meilleur, choisissez la détribalisation dans vos rapports avec l’autre sexe, c’est-à-dire la séduction – à base d’assertivité – plutôt que la prédation. Après tout messieurs les prédateurs, et vous l’aurez sûrement déjà entendu :

« Ce sont les femmes qui nous choisissent »8

La seule question alors à se poser sera de savoir si vous tenez vraiment à ce qu’elles se sentent obligées de nous convaincre du contraire pour nous rassurer? Comprenez que cela ne pourrait qu’induire naturellement un sentiment de supériorité, pouvant entraîner un sentiment de mépris, éventuellement instinctif et ignoré, envers le compagnon prisonnier de son image de prédateur, et par là indigne d’une telle vérité.

Préférons donc nous émanciper du troupeau des néandertaliens qui ne supportent pas l’idée qu’une femme puisse être “sexuellement agressive”! Au-delà, puisque ce sont les femmes qui nous choisissent, préférons-nous être choisis par des prédatrices actives ou passives ? Ces dernières étant particulièrement répandues sur les réseaux sociaux (du type Facebook) ; où elles sont quasiment invitées et encouragées à gérer leurs « profils » comme d’autres prédatrices gèrent leurs toiles… ne se risquant quasiment jamais à mettre le click dehors…

En ce qui me concerne, mon choix était fait bien avant l’apparition des réseaux sociaux : je préfère les félines aux araignées… et vous ?… Au moins il y aura “partage des tâches” plutôt que le traditionnel, et si féminin,

« Deux pas en avant, trois en arrière. »

Pensez seulement à rester disponible à l’idée qu’une prédatrice puisse renoncer à festoyer aussitôt après les premières bouchées, et permettez lui de changer d’avis. S’il serait érotomane de prendre à tort pour des avances ce qui n’était que de la gentillesse, un comportement (véritablement) “sexuellement agressif” ne doit pas être pris pour autant pour “un engagement ferme à consommer”. Et pourquoi pas aussi une invitation au viol sous prétexte que l’on aurait été provoqué!… Ce qui serait typiquement tribal justement. Bien sûr ce n’est jamais très agréable de voir une prédatrice changer d’avis, mais refuser de “laisser aller” ne pourrait que vous conduire sur une liste noire, bien plus désagréable encore, parce que méritée.

Ceci étant dit, la prédation, qu’elle soit féminine ou masculine reste de la prédation. La question se pose alors d’une éventuelle injustice entre hommes et femmes. Si la prédation est pénible de l’homme vers la femme, pourquoi la tolérer ou l’encourager chez les femmes? C’est tout l’intérêt que présente “la dominante”: une femme ayant les capacités d’une prédatrice, mais faisant le choix de la gentillesse au quotidien, jusque dans sa séduction douce et envoûtante, que son approche soit directe ou non.

Je terminerais avec cette citation de l’un des plus grands penseurs de notre temps:

« The strongest men emotionally are the most respectful of women. And the strongest women and the most feminine one are usually respectful of men. That’s the way it is. It’s the in-between group that has mess it all up. » (Clint Eastwood9)

Grosso modo :

Les hommes les plus forts émotionnellement sont aussi les plus respectueux envers les femmes, et les femmes les plus fortes émotionnellement, et les plus féminines, sont aussi les plus respectueuses envers les hommes. C’est ainsi… Ce sont les indécis qui perturbent tout.

Au delà, ce sont les peureux qui brouillent une bonne lecture des rapports hommes femmes, conduisant certaines à redouter les dominants quand elles ne devraient que fuir les dominateurs, ou d’autres à jouer les dominatrices quand elles devraient profiter de ce qu’elles croisent un dominant pour oser la gentillesse…

Image à ajouter !URL de l’image!
Le personnage d’Ondine, chez Jean Giraudoux,
peut être considéré comme archétypal de la dominante.

Notes et références

1 Mad Men : où sont les hommes ? réalisé par Thomas Hervé & Olivier Domerc (Série Club – 52 minutes)
Fiche sur elephant-groupe.com
Documentaire qui accompagnait la première diffusion en France de Mad Men ( Fiche imdb ). J’ajouterai au passage que Joy Sorman était parmi les intervenants les plus fins (au moins dans ce documentaire n’ayant jamais rien lu d’elle et ne la connaissant absolument pas par ailleurs).

2 Une description des comportements de « domination par action » fera l’objet d’un autre texte.

3 Dans la fiction, Dexter Morgan (personnage principal de la série télé DEXTER) nous présente l’exemple saisissant d’un individu “véritablement fort” – que l’on peut qualifier de super-prédateur – osant la gentillesse a priori. (Nota Bene : préférez la série qui a su corriger certains contresens présents dans les romans).
Comme modèle cette fois, on préférera le personnage principal de la série télé Life, Charlie Crews, qui s’il est moins célèbre que Dexter, a le mérite d’être fort par nature, franc et gentil par goût. Peut-être un assertif par définition.
Charlie Crews sur Imdb
Je reviendrai sur la notion de dominant dans les séries télé à l’occasion d’un prochain post.

4 Le recours au droit plutôt qu’à la violence dans la résolution des conflits est au cœur d’une définition de la notion d’Etat de droit, voir la page dédiée dans le glossaire

5 Pour les rapports entre amour, combat et politique, lire René Girard – Mensonge romantique et vérité romanesque

6 Voir saison 1 – épisode 9 : Shoot (synopsis sur le site officiel amctv.com )
Je reviendrai sur la notion de dominant dans les séries télé à l’occasion d’un prochain post.

7 J’en profite pour vous recommander la lecture de cet autre livre de René Girard:
Shakespeare – Les feux de l’envie
Où l’on pourra poursuivre sur les liens entre rang social – ou Degree chez Shakespeare – et relations hommes femmes.

8 «Ce sont les femmes qui nous choisissent» sauf… Archaïsme tribal le plus dur, si caractéristique des sociétés fermées, qui s’identifiera à des comportements de prédation qui seront essentiellement de deux types :

  • par endogamie, c’est-à-dire vers l’intérieur de la communauté où un tribalisme radical conduira à considérer les femmes comme captives de leur appartenance, réduisant ainsi de fait la gent féminine à une sorte de «cheptel», qu’en toute logique, on s’efforcera de «marquer» avec ostentation, éventuellement par le port d’un vêtement distinctif…
  • par exogamie, c’est-à-dire vers l’extérieur, non pas dans une approche pluraliste d’enrichissement mutuel (comme cela pourrait s’envisager au sein d’une société ouverte), mais plutôt dans une logique de conquête visant à agrandir la tribu (ou société fermée)…

9 Entendu dans le documentaire The Eastwood Factor à la 27ème minute environ.
Fiche imdb

Stéphane

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Leda… revisitée...

592 jours auparavant

Le 15 juin 2010

Ou pourquoi se méfier des femmes hautaines, chastes et inaccessibles… en apparence.

Leda1 avait une réputation de chaste et fidèle épouse, au point de finir par refuser la compagnie des hommes de la cour pour préférer la compagnie des cygnes, seuls à être assez purs pour l’approcher?… Elle figure la femme inaccessible par excellence… Et pourtant… Le mythe ne tend-il pas à nous faire comprendre qu’elle avait fini par faire davantage que de côtoyer ses cygnes?

L’interprétation est un peu personnelle, je vous l’accorde, mais le sous entendu est possible. D’abord parce que les grecs étaient passés maître dans l’art du second degré, ensuite parce qu’ils étaient clairement amateurs de ce genre sous entendus grivois. Pensons à L’Iliade2, par exemple, où ne serait-ce qu’Achille est la risée du public qui sait lire entre les lignes…

Ce que nous dit le mythe :

  1. Leda est d’une fidélité légendaire à son époux,
  2. Zeus utilisera un stratagème pour “l’approcher”, or nous savons
    - qu’il a quasiment l’habitude de prendre différentes formes (humaine, animale ou “matérielle”3) pour s’unir aux humaines qu’il désire,
    - qu’il n’a aucune raison de se rendre la tâche plus difficile plutôt que de faire le choix de la facilité: on peut donc penser que ces conquêtes féminines n’auraient pas succombé autrement que sous la forme choisie…
  3. Leda sera fécondée d’une union avec Zeus alors qu’il avait choisi la forme d’un cygne pour l’occasion (avec la complicité d’Aphrodite pour la mise en scène)…

Comme je l’évoquais en introduction, mais ce n’est pas précisé dans toutes les versions du mythe (je vous l’accorde), Leda – sans doute pour mieux résister aux avances des hommes cherchant à obtenir d’elle une relation adultérine – aurait fini par fuir la cour aussi souvent que possible, et avec elle la compagnie des hommes, pour passer le plus clair de son temps au milieu de ses cygnes…

Conclusion personnelle… Pourquoi Zeus prit-il l’apparence d’un cygne?… Quand il aurait été bien plus simple de prendre l’apparence du mari de Leda? De là à croire que Leda accordait à ses cygnes des faveurs qu’elle refusait a son mari… Je m’interroge…

Note :

1 Léda sur fr.wikipedia:
version courante de cette page en date du 11 mai 2010

2 Voir mon post précédent sur L’Iliade et l’Odyssée

3 Je pense à la pluie d’or pour Danaé.
Voir fr.wikipedia, version courante en date du 12 juin 2010

Stéphane

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L’Iliade et l’Odyssée... adaptée à l'écrit par Homère.

592 jours auparavant

Le 15 juin 2010

On a tout lieu de penser que L’Iliade et l’Odyssée, à l’époque de sa “sortie” – non pas en salles mais sur les places publiques où il était déclamé – était considéré comme la série télé Dallas1 le fut dans les années 80: Une œuvre mineure et populaire, méprisée par certaines élites1, car tout juste bonne à amuser les foules… en grande partie aux dépens des grands de ce monde… et très probablement d’une certaine idée de la gloire.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je doute que Dallas entre dans la postérité, et si cela devait arriver, cela n’aurait rien de réjouissant…

Si L’Iliade et l’Odyssée est entrée dans l’histoire de la Littérature pour être retenue comme l’une des plus grandes œuvres jamais écrites, c’est parce qu’on y trouve un peu plus que les aventures d’une bande de gentils guerriers Grecs, partie se foutre sur la gueule pendant dix ans avec des méchants Troyens, et tout ça pour une histoire de gonzesse… Au contraire, de nombreuses pistes permettent de penser que nous avons dans cette œuvre un bon exemple d’écriture entre les lignes3, qu’il faut bien se garder de trop prendre au premier degré…

Et si je commençais par vous dire que ce sont les Troyens qui ont les comportements les plus nobles, et les Grecs qui sont méprisables, quand ils ne sont pas ouvertement tournés en dérision… L’Iliade et l’Odyssée, c’est un peu Les Lettres Persanes4 de l’époque : l’auteur se cache derrière un conflit lointain, dans l’espace et le temps, pour mieux se moquer de ses contemporains et compatriotes…

Enfin sachez que lorsque l’on parle de L’Iliade et l’Odyssée, on devrait peut-être insister sur le fait que le récit d’Homère est déjà une adaptation écrite – comme on fait aujourd’hui des adaptations cinéma – d’un récit déjà existant sous la forme d’une saga légendaire, de tradition orale, qui eut plusieurs rédacteurs mais dont une seule version pu nous parvenir dans une version longue et complète. Homère nous donne donc une version personnelle d’un récit déjà bien connu de son public, un peu comme de nombreux auteurs de contes de fées n’ont fait que donner une version écrite et littéraire, à une culture limitée à la transmission orale avant eux.

Dans la version d’Homère, donc, c’est notamment l’amour de la gloire pour la gloire qui est quelque peu écorné… Par exemple, dans l’Iliade, Achille par sa crispation absolue jusqu’au condamnable, quand il n’est pas tourné en ridicule par des sous entendus grivois, sert de contre exemple personnifié pour, on peut au minimum le supposer, permettre à l’auteur de dénoncer ce que la guerre, dans sa forme la plus tribale, peut avoir de plus cruel d’aveuglement et d’injustice. Ainsi, l’on peut voir Achille comme un personnage qui annoncerait l’arrivée d’un autre personnage, plus moderne, qui lui explorera cette voie plus à fond, jusqu’au ridicule absolu d’insupportable: Don Quichotte4.

Il est regrettable de ne pas retrouver ces subtilités dans les adaptations cinéma, et le seul choix de l’acteur pourrait faire beaucoup. Encore une fois, pensez au fait que la version d’Homère était plus souvent déclamée en place publique, qu’elle n‘était lue en privé par des lettrés. Quel était le ton alors recommandé? Les effets choisis par le conteur?… Pour le cinéma, je pense par exemple au choix d’un Johnny Depp plutôt qu’un Brad Pitt dans le rôle d’Achille (pour la version de Wolfgang Petersen). Cette seule comparaison pour vous aider à comprendre que la transmission écrite nous a très probablement fait perdre certaines subtilités qu’il était possible de faire passer dans une récitation du poème en place publique, avec les intonations appropriées… Placer Johnny Depp dans le rôle d’Achille devrait suffire à introduire un doute, tant Johnny Depp est comme instinctivement doué pour ce que l’on pourrait appeler “un jeu d’acteur entre les lignes“…

Enfin, pour ce qui est du rapport entre Biosophos et cette saga légendaire, ou plutôt son traitement par Homère, il tient au fait que l’on peut y lire une dénonciation (au moins implicite) de la guerre dans sa version la plus tribales, c’est-à-dire la plus cruelle, aveugle d’injustice et stupide de gratuité…

1 La série télé Dallas sur fr.wikipedia:
version courante de cette page en date du 10 juin 2010

2 Socrate déplorait son influence dans La République de Platon
Cf. fr.wikipedia version courante en date du 14 juin 2010

3 A propos de l’écriture entre les lignes, lire :
Leo Strauss – La persécution et l’art d’écrire

4 A propos de l’écriture entre les lignes dans la Littérature, et plus particulièrement pour le personnage de Don Quichotte :
René Girard – Mensonge romantique et vérité romanesque

5 Les Lettres Persanes sur fr.wikipedia:
version courante en date du 9 juin 2010

Stéphane

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