Le 22 octobre 2008

C’est trop long !
J’n’ai pas l’temps d’lire !
Un courriel ça n’doit pas faire plus de 5 lignes.
Un post sur un blog, ça n’doit pas faire plus d’un court paragraphe, 15 à 20 lignes maxi.
Si en ouvrant une page d’un site, je vois apparaître « un ascenseur à rallonge », je zappe.
…
Et bla, et bla, et bla…
Stupéfiant de voir à quel point peu de gens savent lire. Même des personnes qui croient être de gros lecteur… Accorder beaucoup de temps à la lecture, ou lire beaucoup de livres, ne peut en aucun cas définir le vrai lecteur !
Ne sait véritablement lire qu’une personne ne serait-ce qu’au moins initié à la lecture rapide. Le « lecteur rapide » n’est pas nécessairement rapide. Il suffit qu’il ait été sensibilisé aux mécaniques misent en œuvre dans la lecture et à ce qu’elles impliquent, comme essentiellement le jeu de vases communiquants perpétuel entre compréhension et vitesse.
J’ai eu la chance de découvrir la lecture rapide à la fin de mon adolescence en tombant dans la bibliothèque de mes parents sur un livre datant de 1969 :
François Richaudeau, Michel Gauquelin, Françoise Gauquelin : La lecture rapide
Il en existe de plus récents et peut-être de meilleurs, mais il est toujours aussi actuel dans l’énoncé de certaines vérités intemporelles.
Même pour un lecteur “lisant dans sa tète”1 (soit à la vitesse la plus lente), la lecture est le moyen d’apprentissage offrant le meilleur rapport entre vitesse, assimilation et effort consentit. En effet, contrairement à une idée reçue, regarder la télé est en réalité beaucoup plus fatiguant pour le cerveau que de lire un livre, et cela alors que vous gaspillerez votre énergie à traiter, avec les images animées, des « données » inutiles à votre apprentissage.
Voici un extrait de ce livre à propos des vitesses comparées :

La raison de cette supériorité du texte imprimé sur le langage sonore, sur l’image animée et parlante, est si évidente qu’elle a été méconnue par les spécialistes modernes de l’information, éblouis par une vérité trop élémentaire.
Tandis que l’auditeur d’un conférencier, d’un disque, de la radio, le spectateur d’un film, d’une émission de télévision perçoivent le message à la vitesse d’articulation orale du « speaker » au rythme moyen de 9 000 mots à l’heure, un lecteur moyen lit 27 000 mots à l’heure. Si ce même lecteur, habitué à la technique « d‘écrémage », sélectionne les seules informations du texte qui l’intéressent plus spécialement, (méthode évidemment inapplicable en information orale), il peut tripler sa vitesse effective de lecture. Un lecteur rapide peut doubler ces rythmes. Un lecteur phénomène peut même, comme Jacques Bergier, les décupler.
Conclusion : Si la lecture reste le moyen primordial d’acquisition de la connaissance, c’est simplement parce qu’elle est plus efficace que les nouvelles techniques audio-visuelles.
Cette supériorité est considérable. Elle s’exprime par les rapports de 3 à 1 dans le cas le plus défavorable (lecteur moyen lisant le texte intégralement), de 18 à 1 dans le cas courant le plus favorable (lecteur rapide « écrémant » un texte) ; elle atteint même le rapport de 200 à 1 dans le cas exceptionnel du lecteur prodige.

Mieux, le livre c’est de la “haute technologie”. Aucun autre support ne peut rivaliser dans son maniement, en effet:

En outre, l’imprimé moderne : livre, journal, constitue, sous un encombrement réduit, la «machine à informer» la plus souple. L’utilisateur averti, le lecteur expérimenté peut choisir sa vitesse de lecture, la faire varier en fonction des sujets, l’inverser et revenir en arrière, survoler de longs développements ou «sauter» des chapitres, rechercher les seules références qui le concernent, annoter les marges ou intercaler des notes…
Quel autre matériel audio-visuel permet de telles performances ? Et l’avantage de l’information écrite sur l’information orale sera durable. Les progrès de l‘électronique, des techniques de miniaturisation, des télécommunications ne changeront rien au rythme de nos paroles qui est fonction des structures de notre langage, structures qui sont quasi définitives. En revanche, il n’est pas impossible que le livre évolue, que sa typographie devienne plus fonctionnelle, que la page soit remplacée par une bobine ou une fiche, ou l‘écran d’un téléviseur branché sur un centre planétaire d’archivage de la connaissance.

Bien sûr aujourd’hui nous pensons à l’Internet. Je rappelle que ce texte date de 1969. Continuons sa lecture :

Mais peu de choses seront changées pour le « récepteur », l’homme qui devra lire les mots composés avec les signes de notre alphabet et qui devra les lire de plus en plus vite, pour apprendre de plus en plus de choses.
Et il devra apprendre « de plus en plus de choses », non pas durant sa période scolaire et universitaire, mais durant toute sa vie.

Alors de grâce, maintenant que vous savez que seule la vitesse compte, et non la longueur, et que lire un courriel, par exemple, sera toujours plus rapide que le même échange par téléphone ; que l’on ne me dise plus :
« c’est trop long ! » mais plutôt « je n’sais pas lire ! ».
Aucune honte à ça, une fois familiarisé avec ces techniques, vous constaterez vite que quasiment personne ne sait lire…
Ce n’est pas l’écrit qui recule – on n’a jamais autant publié qu’aujourd’hui – c’est la capacité de lecture, suivie du recul de la capacité de mémorisation mais c’est encore une autre histoire.

1 ou subvocalisation : prononcer mentalement les mots que l’on est en train de lire
Voir l’article « Lecture rapide » sur fr.wikipedia.org
